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Emmaüs

 

<< Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent>>
Luc 24 : 30

 

 

 

       Histoire

       C’est dans le contexte historique de la révolte des Maccabées (167 av. J.-C.) contre la politique d’hellénisation menée par Antiochus Épiphane IV qu’apparaît pour la première fois le nom d’Emmaüs dans la scène politique du pays. Une grande bataille opposa les armées de Judas Maccabée aux Séleucides dans "la plaine d’Emmaüs" (1 M 3, 38, 57; 4, 1-27) où ces derniers avaient établi leur camp. Quelques années après, Emmaüs fut reprise par l’armée séleucide et le général Bacchidès éleva une forteresse (1 M 9, 50), pour protéger cet emplacement stratégique (axes routiers, nombreuses sources...).

       Pendant la première période romaine (63-4 av. J.-C.), Emmaüs devient un centre administratif plus important que Gézer au pied duquel passait la Via Maris. Flavius Josèphe, historien juif (37-100 ap. J.-C.), mentionne souvent cette bourgade qui offrait aux armées romaines les commodités de sa situation.

       Après la mort d’Hérode le Grand, le pays entre dans une période incertaine: de petites révoltes éclatent à travers tout le pays, et sont sévèrement réprimées par les romains. En 4 av. J.-C., Emmaüs est d’ailleurs rasée et incendiée sur l’ordre du général Varus en représailles de l’attaque d’une garnison romaine par un mercenaire juif, Athrongès (Josèphe, Antiquités, XVII, X, 9). C’est la raison pour laquelle, au temps de Jésus, Emmaüs n’était qu’un village (Luc 24, 13). Mais dès 66 ap. J.-C., le village se relève et devient le chef-lieu d’une toparchie (Josèphe Guerre, III, 3, 5). Durant les deux révoltes juives (70 et 135 ap. J.-C.), les armées de Vespa-sien puis d’Hadrien installent à Emmaüs un camp militaire muni d’une enceinte. De nombreuses pierres tombales ont été trouvées aux alentours mentionnant des soldats de la 5e légion Macédonique et de la 6e cohorte de Pétra.

       En 221/223 ap. J.-C., se souvenant de son rôle dans la victoire des romains, l’empereur Héliogabale élève le petit village d’Emmaüs au rang de Cité, par l’ambassade de Jules Africain. C’est alors que le village reçoit le nom de NIKO-POLIS, en grec, la Cité de la Victoire. Dès la Paix de l’Église (313 ap. J.-C.), Nikopolis joue un rôle important, aussi bien comme lieu saint que comme siège épiscopal. Pierre de Nikopolis est le premier évêque connu de la ville: il figure sur la liste des signataires du concile de Nicée (325.) Située sur la principale route de pèlerinages menant à la Ville Sainte, Nikopolis est mentionnée dès 333 par les pèlerins.

       Durant la période byzantine (IVe-VIIe siècle), on assiste à la construction par étapes d’un vaste complexe ecclésiastique, comprenant deux églises, un baptistère cruciforme avec un petit bassin pour le baptême des enfants et des bâtiments attenants. Les pèlerins venaient vénérer l’emplacement de la maison de Cléophas où la Fraction du Pain avait eu lieu (cf. Saint-Jérôme), la source miraculeuse (cf. Sozomène) et vraisemblablement les reliques de saint Cléophas martyrisé dans sa maison à Emmaüs (L’Anonyme de Plaisance, 570).

       Saint Sabas (508), l’un des principaux rénovateurs du monachisme palestinien, affronte un soulèvement au sein de son monastère. Il doit se réfugier à Nikopolis où il fonde un nouveau monastère.

       Au début de la dynastie des Omeyyades (VIIe siècle), les arabes reprirent l’ancien nom d’Emmaüs en le transformant en Amwas. La ville fut pendant une courte période le chef-lieu d’un district. Au dire d’Al-Muqaddasi (985), ’Amawâs était anciennement la ville principale du pays. Mais en l’an 18 de l’hégire (639 ap. J.-C.), une grande peste, partie de l’un des puits (bîr et-Ta’oun), fit périr plus de 25.000 musulmans, provoquant l’abandon massif de la bourgade (Al-Ya’qûbi, 874). Le grand calife déménagea alors à Loudd (Lydda, Lod) avant de fonder la ville de Ramleh. Néanmoins, les pèlerins continuèrent à affluer vers le sanctuaire (Willibald, 721; Épiphane, 750/800; Bernard le Moine, 870; Jean Eu-chaïte, 1050...). Une petite fable arabe (1496) note que « la hauteur de la coupole du Dôme élevée au-dessus du Roc était de 18 milles. Les habitants de Amwas se mettaient alors à l’ombre de la coupole lorsque le soleil se levait à l’Orient. »

       Le 6 juin 1099, Amwas est la dernière étape de la Première Croisade avant la prise de Jérusalem (15 juillet). Selon l’historien des Croisades, Albert d’Aix (1130), l’armée conduite par Godefroy de Bouillon y installa « le dernier bivouac de leur long pèlerinage (...). Cependant, une agitation étrange régnait au camp de Nikopolis. Sous les tentes, nul ne pouvait dormir… » Le site s’enrichit à l’époque croisée d’une église romane, utilisant l’ancienne abside centrale byzantine. Les Templiers, propriétaires des lieux, vénèrent encore le souvenir évangélique des disciples d’Emmaüs, mais s’intéressèrent plus à la colline de Latroun où ils édifièrent une forteresse, le Toron des Chevaliers. Si jusqu’au Moyen Age, on retenait la lecture des 160 stades pour la distance donnée dans l’évangile entre Jérusalem et Emmaüs, la lecture des 60 stades (11,5 km) commence à s’imposer. Aussi, dès 1141, les pèlerins se dirigent vers un autre village nommé Qariet el-Enah (le Qyriat Yearim biblique et actuel village d’Abu Ghosh) pour vénérer le souvenir d’Emmaüs dans la basilique romane de l’Ordre des Hospitaliers. À partir du XIVe siècle, à la suite de la faveur d’une modification du tracé de la route conduisant à Jérusalem, un « troisième Emmaüs » naît plus au nord, à Qubeibeh près du mont Joie. Quant à l’église des croisés d’Amwas, elle devient le lieu d’une autre vénération: Boniface de Raguse (1555) note qu’à Amwas « le lieu et l’église se trouvent appelés Les Maccabées, parce qu’ils y virent le jour et y furent ensevelis après leur triomphe (...) Libre à toi pèlerin, d’entrer dans cette église et d’y invoquer les saints martyrs. ». Elle sera alors vénérée comme le lieu de la sépulture des Sept frères Maccabées, pourtant morts à Antioche (2 M 7) et déclarés proto-martyrs par l’Église; vénération probablement née du souvenir de Judas Maccabée. C’est avec ce souvenir que l’église d’Amwas va traverser l’histoire jusqu’à la fin du XIXe siècle.

 

       La redécouverte du sanctuaire d’Emmaüs

       La suite des pèlerins des XVII-XVIIIe siècles (J. Doubdan (1652), C. Le Bruyn (1725)...), le célèbre explorateur et palestinologue Edward Robinson lors de ses voyages (1838, 1852) décrit les ruines de la basilique et identifia le village arabe d’Amwas comme étant l’ancien Emmaüs-Nikopolis. Mais la renaissance du site commence réellement en mai 1878, lorsque la Bienheureuse Myriam Baouardy, carmélite de Bethléem identifie les vestiges comme ceux du lieu où Jésus s’était fait reconnaître par les deux disciples. Une bienfaitrice du Carmel, Berthe Dartigaux, acquiert le terrain pour le monastère. Les recherches archéologiques et historiques commencent très rapidement, d’abord avec le capitaine J.-B. Guillemet (1880-1887) qui dégage les trois absides orientales de l’église byzantine, le baptistère (1883) et la nef centrale médiévale, ensuite avec les pères dominicains F.-M. Abel et L.-H. Vincent, de l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem (1924-1930). Ils dégagent totalement les deux basiliques avec leurs mosaïques. En 1931, les pères de Bétharram font élever le grand bâtiment à créneaux dominant le site.

       Un nouveau projet de conservation, de restauration et d’aménagement est né en 1993- Dans ce but, a été fondée l’Association des Amis d’Emmaüs-Nikopolis grâce à Karl-Heinz et Louisa Fleckenstein. L’association se donne pour objectif de créer un espace d’accueil pour le public et les pèlerins, et de construire un parc archéologique. Sous la direction du professeur Michèle Piccirillo (Studium Biblicum Franciscanum) responsable de l’ensemble du projet, de nouvelles campagnes archéologiques se succèdent chaque année dirigées par Mikko Louhivuori (Finlande) et Vincent Michel (France) avec des volontaires du monde entier. De nouvelles découvertes éclairent et élargissent la connaissance générale du site.

       Nous remercions très vivement la communauté des Béatitudes qui occupe aujourd’hui le site d’Emmaüs et qui nous a fourmi très aimablement toute la documentation dont nous avions besoin.